💡 Comment régulariser un héritage à l’étranger en France ?
- Identifier les biens hérités et ouvrir la succession dans le pays concerné
- Rassembler tous les documents (certificats, testament, apostilles, traductions)
- Déclarer l’héritage en France dans les délais légaux (6 ou 12 mois)
- Calculer et payer les droits en tenant compte des conventions fiscales
- Se faire accompagner par un notaire ou avocat spécialisé
La mobilité internationale croissante et la diversification patrimoniale multiplient les successions transfrontalières. Hériter à l’étranger peut sembler complexe sur le plan juridique et fiscal, mais avec les bonnes démarches, tout se régularise parfaitement. Nous aborderons le cadre légal, les obligations fiscales, les documents nécessaires et les étapes pratiques pour éviter les erreurs courantes. J’accompagne régulièrement des héritiers dans ce type de situation, et croyez-moi, une bonne préparation change tout.
Comprendre le cadre juridique d’une succession internationale
Quelle loi s’applique à votre héritage étranger ?
La détermination de la loi applicable constitue le premier enjeu d’une succession internationale. En principe, c’est la loi du pays de résidence habituelle du défunt qui s’applique, conformément au règlement européen. Toutefois, le défunt peut avoir expressément choisi sa loi nationale par testament, modifiant ainsi cette règle de base. Les pays situés hors Union européenne appliquent souvent leurs propres critères de rattachement, créant parfois des situations complexes. Tout dépend où vivait le défunt et de ce qu’il a anticipé.
Les conventions fiscales entre la France et le pays du défunt
Les conventions fiscales internationales constituent des accords bilatéraux destinés à éviter la double imposition des héritiers. Cependant, toutes les successions ne bénéficient pas automatiquement de ces protections conventionnelles, d’où l’importance de vérifier leur existence et leur champ d’application. Ces conventions déterminent précisément quel pays peut taxer quels biens et dans quelle proportion. La France a notamment signé des accords avec l’Allemagne, l’Italie, les États-Unis et de nombreux autres pays. Ces conventions sont là pour protéger les héritiers, pas pour les piéger.
Règlement européen sur les successions : ce qu’il faut savoir
Le règlement européen n°650/2012, entré en vigueur en août 2015, harmonise considérablement les règles successorales au sein de l’Union européenne, à l’exception du Danemark, de l’Irlande et du Royaume-Uni. Ce texte simplifie grandement les démarches transfrontalières grâce notamment au certificat successoral européen, véritable passeport administratif. Son champ d’application se fonde sur la résidence habituelle du défunt au moment du décès, principe plus prévisible que les anciennes règles nationales. Ce règlement est un vrai atout pour les familles européennes.
Hériter à l’étranger : quelles obligations fiscales en France ?
La déclaration de succession auprès du fisc français
L’obligation déclarative concerne tout héritier résidant fiscalement en France, ainsi que les successions comportant des biens situés sur le territoire français. Le délai de déclaration s’établit à 6 mois lorsque le décès survient en France ou dans l’Union européenne, et à 12 mois pour les décès hors UE. Selon la situation, il faudra compléter le formulaire 2705 ou 2706, accompagné de toutes les pièces justificatives traduites.
Il est crucial de ne pas négliger cette obligation, même lorsque la succession se déroule entièrement à l’étranger. Même si tout se passe à l’étranger, le fisc français veut être informé.
Calcul et paiement des droits de succession
La France applique une taxation progressive selon le degré de parenté avec le défunt et la valeur des biens transmis. Les abattements personnels s’élèvent notamment à 100 000 euros par enfant, avec des montants différents selon la qualité d’héritier. Pour les résidents fiscaux français, l’assiette taxable inclut l’ensemble du patrimoine mondial, y compris les biens situés à l’étranger. Les taux d’imposition s’échelonnent de 5 à 45 % en ligne directe, avec des barèmes spécifiques pour les autres degrés de parenté. Le calcul peut sembler complexe, mais il suit une logique claire.
Éviter la double imposition : comment faire valoir vos droits
Le mécanisme du crédit d’impôt permet de déduire les impôts successoraux payés à l’étranger de ceux dus en France, évitant ainsi une double taxation. Cette déduction nécessite impérativement la production de justificatifs officiels, notamment une attestation fiscale délivrée par les autorités étrangères. L’existence d’une convention fiscale bilatérale facilite grandement ces démarches et peut même prévoir des règles de répartition exclusive. La France respecte le principe de non-double imposition, mais il appartient aux héritiers d’en apporter la preuve documentaire. C’est une question de méthode : bien documenter pour bien déduire.
Les documents indispensables pour régulariser votre héritage
Certificat de décès et acte de notoriété
Le certificat de décès établit officiellement le décès de la personne, tandis que l’acte de notoriété identifie formellement les héritiers et leurs droits respectifs dans la succession. Ces documents s’obtiennent respectivement auprès de la mairie du lieu de décès, du notaire ou du consulat selon les circonstances. Ils constituent les fondements juridiques indispensables à l’ouverture de toute procédure successorale, tant en France qu’à l’étranger. Ces deux documents sont la base, sans eux, rien n’avance.
Testament, attestation d’héritier et certificat successoral européen
Le testament exprime les dernières volontés du défunt, l’attestation d’héritier constitue un document de reconnaissance locale des droits successoraux, tandis que le certificat successoral européen facilite la reconnaissance mutuelle dans l’ensemble de l’Union européenne. Ce dernier document, délivrable par tout notaire européen, simplifie considérablement les démarches dans plusieurs pays membres simultanément. Il évite notamment la multiplication des procédures nationales parallèles et accélère le règlement de la succession. Le certificat européen est un vrai passeport successoral.
Traduction certifiée et apostille : ne passez pas à côté
L’administration française exige systématiquement la traduction certifiée de tous les documents officiels étrangers par un traducteur assermenté. L’apostille constitue un cachet international qui authentifie l’origine et la validité d’un document public selon la Convention de La Haye de 1961. Cette formalité s’obtient auprès de l’autorité compétente du pays qui a émis le document original. Ces exigences administratives, bien que contraignantes, garantissent la sécurité juridique de la procédure. Pas de traduction certifiée = blocage administratif assuré.
Démarches étape par étape pour régulariser en France
Étape 1 : Identifier et recenser les biens hérités
Cette première étape consiste à établir un inventaire exhaustif de tous les actifs successoraux : biens immobiliers, comptes bancaires, placements financiers, mobilier de valeur et tous autres éléments patrimoniaux. L’assistance d’un notaire local peut s’avérer indispensable pour naviguer dans un système juridique étranger, particulièrement lorsque des barrières linguistiques ou des spécificités locales compliquent les recherches. Tout commence par un inventaire complet et rigoureux.
Étape 2 : Ouvrir la succession dans le pays concerné
L’ouverture officielle de la succession doit impérativement respecter les procédures légales du pays où elle se déroule, qu’il s’agisse de recourir à un notaire, de saisir un tribunal ou de mandater un avocat local. Cette étape conditionne le déblocage effectif des biens et leur transmission aux héritiers, avec des délais très variables selon les systèmes juridiques nationaux. Chaque pays a ses procédures, il faut s’y conformer d’abord.
Étape 3 : Déclarer l’héritage aux autorités françaises
Parallèlement au règlement à l’étranger, l’obligation déclarative française demeure incontournable et nécessite la transmission de l’ensemble des justificatifs dûment traduits et apostillés. Le notaire français joue un rôle de coordination essentiel entre les différentes procédures et veille au respect des délais légaux. Cette déclaration est l’étape administrative clé en France.
Étape 4 : Rapatrier ou transférer les biens en toute légalité
Le rapatriement peut prendre diverses formes selon la nature des actifs : virements bancaires pour les liquidités, transferts de portefeuilles pour les titres financiers, ou vente sur place suivie de rapatriement du produit. Les montants importants déclenchent des obligations déclaratives spécifiques, notamment auprès de Tracfin au-delà de certains seuils. Un bien immobilier peut parfaitement rester à l’étranger sans rapatriement physique. Rapatrier ou conserver, tout dépend de votre stratégie patrimoniale.
Les pièges à éviter dans une succession transfrontalière
Négliger les délais de déclaration
Le non-respect des délais déclaratifs expose les héritiers à des pénalités fiscales significatives, des majorations de droits et peut même déboucher sur un contentieux fiscal prolongé. Les délais français de 6 ou 12 mois selon les cas peuvent différer substantiellement des échéances locales, créant un risque de télescopage des obligations. Il est impératif de ne pas temporiser et d’anticiper ces contraintes temporelles. Les délais ne se négocient pas, le fisc non plus.
Sous-estimer la complexité du système local
Chaque pays développe ses propres règles successorales, fiscales et notariales, souvent très éloignées du droit français tant sur le fond que sur la forme procédurale. Les différences culturelles dans la gestion administrative peuvent créer des malentendus coûteux et des retards importants dans le traitement des dossiers. Tenter de gérer seul une succession complexe sans accompagnement professionnel expose à de nombreux écueils. J’ai vu trop de blocages dus à une mauvaise compréhension du système local.
Se passer d’un professionnel spécialisé
L’intervention d’un notaire et/ou d’un avocat spécialisé en droit international apporte une sécurisation juridique, une optimisation fiscale et un gain de temps considérable dans la gestion des procédures complexes. Le coût de cet accompagnement constitue un investissement rentable au regard des risques évités et des optimisations réalisées. Faire seul, c’est prendre le risque de tout compliquer.
Quand et pourquoi faire appel à un notaire ou un avocat international ?
L’accompagnement professionnel devient indispensable dans plusieurs situations : patrimoine de valeur importante, succession impliquant plusieurs pays, conflits entre héritiers, ou système juridique local particulièrement complexe. Le notaire se charge prioritairement des formalités administratives et de l’authentification des actes, tandis que l’avocat intervient davantage dans le conseil stratégique et la gestion des contentieux. Le choix du professionnel doit privilégier sa spécialisation effective en droit international, son expérience pratique et l’étendue de son réseau à l’étranger. Les honoraires, souvent proportionnels à la complexité ou parfois forfaitaires, restent prévisibles et négociables. Un bon professionnel vous fait gagner du temps, de l’argent, et surtout de la sérénité.
Cas pratique : régulariser un bien immobilier hérité au Portugal
Prenons l’exemple concret de Marie, résidente française qui hérite d’un appartement à Lisbonne suite au décès de son père expatrié. La procédure débute par l’ouverture de la succession auprès d’un notaire portugais, puis l’obtention du certificat de partage local traduit et apostillé. Parallèlement, elle déclare cette succession en France dans les 6 mois, calcule les droits dus en tenant compte de l’impôt payé au Portugal grâce à la convention fiscale franco-portugaise. Les principales difficultés rencontrées concernent la lenteur administrative portugaise et la coordination entre les notaires français et portugais pour synchroniser les procédures. Au final, la régularisation complète aura nécessité 4 mois grâce à un accompagnement professionnel anticipé. Ce cas illustre bien la réalité : c’est faisable, mais ça demande de la méthode.

